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Gabrielle Roy et le nationalisme québécois
Parution début octobre 2006 :

Ismène ToussaintLanctot-éditeur, à Montréal, nous autorise aimablement à publier cet extrait du prochain ouvrage d'Ismène Toussaint : Gabrielle Roy et le nationalisme québécois. Après avoir rappelé les faits saillants de la personnalité, de la vie et de l'oeuvre de la célèbre romancière, l'auteure se penche pour la première fois sur les rapports ambigus qu'elle a entretenus tout au long de sa vie avec le Québec afin de mieux nous faire comprendre les raisons de son anti-indépendantisme.

Le nationalisme n’était certainement pas une doctrine étrangère à Gabrielle Roy. Dans une lettre du 31 mars 2004, l'auteure et sémioticienne québécoise Marie Francœur me rappelait le fait suivant : « (…) Le sentiment national existe depuis le XVIIe siècle : nos ancêtres avaient conscience de leur caractère « distinct » et supérieur parce qu’ils avaient osé franchir l’Atlantique pour fonder la Nouvelle-France. De même, au XVIIIe siècle, l’un des officiers de Montcalm, lieutenant-général des armées du Roi pour l’Amérique septentrionale, remarquait déjà que les Français et les Canadiens formaient deux peuples « distincts » : le nom « Canada » faisait référence au territoire, celui de « Nouvelle-France », à une réalité politique. La notion de territorialité est donc très importante : encore aujourd’hui, l’ambiguïté subsiste chez certains Québécois qui se disent Canadiens et attachés au Canada, alors qu’ils sous-entendent la « Terre Québec », pour reprendre le titre d’un recueil du poète Paul Chamberland. À la fin du XIXe siècle, l’affaire Louis Riel a été essentielle dans la cristallisation du sentiment national québécois : nous avons compris que le Canada n’était plus ce que nous appelions « Pays d’En Haut », que ce n’était plus une dépendance territoriale peuplée de Métis français, que les Métis n’y avaient même plus leur place (…) »

Mais cette idéologie ne figurait pas au premier rang des préoccupations de l’écrivain. L’héritage des vieux principes canadiens-français (soumission à l’Église, respect de la foi catholique, obéissance à la famille, fidélité au sol natal), qu’elle avait pourtant rejetés aux abords de la trentaine, son humeur en dents de scie, l’ambiguïté de ses relations avec le Québec, la « difficile cohabitation de deux pays » en elle – pour emprunter une expression utilisée par André Laurendeau dans son Journal intime – la prédisposaient mal à devenir une nationaliste québécoise convaincue.

Déjà, au printemps 1942, la jeune journaliste, qui frayait avec la mouvance moderniste et libérale, ne s’était pas prononcée sur le débat houleux provoqué par le plébiscite fédéral sur la conscription. Dans ses articles, elle célébrait joyeusement la grandeur et le caractère multiethnique du Canada, inconsciente du fait que ce pays avait voté contre le refus des Québécois de s’enrôler.

En 1960, lors de l’avènement de Jean Lesage en qualité de premier ministre du Québec, elle applaudit, comme bon nombre de gens, aux réformes de la Révolution tranquille : liquidation de la politique conservatrice de Duplessis, croissance du rôle de l’État dans la vie économique, sociale et culturelle, développement et laïcisation de l’éducation, affirmation du féminisme, etc.

Mais dès les premières velléités de création d’un État québécois indépendant, elle manifeste sa surprise et son incompréhension.

En fait, tout se passe comme si le précurseur qu'elle était – avec Bonheur d’occasion, elle avait été le premier auteur à pressentir la montée du peuple nouveau – ne savait pas ou ne voulait pas savoir ce qui couvait au Québec depuis la guerre : la remise en question des valeurs traditionnelles, la disparition du vocable « Canada français » au profit d’un autre concept de « nation », et la naissance d’un nouveau pays.

Pendant vingt ans, une foule d’émotions vont se disputer l’âme de Gabrielle Roy : la peur, le silence, la raillerie, l’indifférence, la colère, le rejet, la tentation de fuir, la provocation... Puis viendra une sorte de résignation. Parallèlement, son incapacité de s’adapter à l’évolution de la société va aboutir à un véritable « divorce » entre elle et son époque.

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